BMW déploie pour la première fois des robots humanoïdes dans ses usines de fabrication en Europe

Les usines européennes ont un nouveau type de collègue. Le groupe BMW a déployé pour la première fois des robots humanoïdes dans le secteur manufacturier en Allemagne, en lançant un projet pilote dans son usine de Leipzig avec AEON, un humanoïde à roues construit par Hexagon Robotics.

Il s’agit du premier déploiement automobile d’AEON dans le monde, et il marque une sorte de ligne d’arrivée pour l’industrie européenne : l’IA physique n’est plus une histoire d’Amérique du Nord ou d’Asie de l’Est.

L’annonce, faite le 9 mars 2026, est étayée par des données concrètes provenant d’un précédent essai américain. En 2025, BMW a mené un projet pilote de dix mois dans son usine de Spartanburg, en Caroline du Sud, en utilisant le robot Figure 02 de Figure AI. L’humanoïde a soutenu la production de plus de 30 000 BMW X3, travaillant par équipes de 10 heures et déplaçant un total de plus de 90 000 composants.

Leipzig est désormais l’héritier direct de ces leçons.

Un robot conçu pour le travail, pas pour les démonstrations

AEON, développé par la division robotique d’Hexagon, basée à Zurich, est une machine volontairement industrielle. Arnaud Robert, président d’Hexagon Robotics, a clairement exposé sa philosophie lors d’un événement à Munich au début du mois : « Nous ne sommes pas dans le secteur de la danse, nous sommes dans le secteur du travail. » Cette philosophie est visible dans chaque décision de conception.

Plutôt que de marcher sur deux jambes, AEON se déplace sur roues – un choix fait après des tests approfondis des systèmes de locomotion, Hexagon concluant que sur des sols plats de qualité usine, les roues sont nettement plus efficaces en termes de vitesse et de consommation d’énergie. Il mesure 1,65 mètre de haut, pèse 60 kilogrammes, atteint 2,5 mètres par seconde et peut remplacer sa propre batterie de manière autonome en 23 secondes, permettant un fonctionnement 24 heures sur 24 sans intervention humaine.

Ses 22 capteurs intégrés (caméras périphériques, temps de vol, infrarouges, caméras SLAM et microphones) lui confèrent une conscience spatiale complète à 360 degrés en temps réel, y compris la capacité d’effectuer des tâches d’inspection de qualité que les robots stationnaires conventionnels ne peuvent pas effectuer.

Son torse de forme humaine permet d’arrimer de manière flexible une grande variété de pinces, d’éléments manuels et d’outils de numérisation, ce qui est précisément ce dont BMW a besoin pour un déploiement multifonctionnel dans différents environnements de production.

Déploiement progressif, stratégie délibérée

Le premier déploiement test d’AEON à Leipzig a eu lieu en décembre 2025. Un autre test est prévu pour avril 2026, avant le lancement d’une phase pilote complète à l’été 2026, où deux unités AEON fonctionneront simultanément dans deux cas d’utilisation, en se concentrant sur l’assemblage de batteries haute tension et la fabrication de composants pour les pièces extérieures.

Leipzig n’était pas un choix arbitraire. Il s’agit de l’usine allemande la plus complète sur le plan technologique de BMW, combinant sous un même toit la production de batteries, le moulage par injection, l’atelier d’emboutissage, l’atelier de carrosserie et l’assemblage final, ce qui signifie qu’un déploiement réussi là-bas valide efficacement l’IA physique sur l’ensemble du spectre de production.

Pour ancrer ce travail institutionnellement, BMW a créé un centre de compétence pour l’IA physique en production, consolidant l’expertise au sein du groupe et créant un parcours d’évaluation défini pour les partenaires technologiques, depuis les tests en laboratoire jusqu’aux phases pilotes complètes.

Comme l’explique Felix Haeckel, chef d’équipe du centre : « Nous mettons en commun nos expertises pour rendre les connaissances sur l’IA et la robotique largement utilisables au sein de l’entreprise. »

L’infrastructure en dessous

Ce qui rend l’approche de BMW remarquable, c’est qu’AEON n’atterrit pas sur une usine vierge. BMW a systématiquement démantelé les silos de données dans son réseau de production, les remplaçant par une plate-forme de données uniforme qui garantit que toutes les informations sont cohérentes, standardisées et accessibles à tout moment : l’architecture qui permet aux agents d’IA de fonctionner de manière autonome et d’apprendre en continu.

Le robot humanoïde est, en effet, la couche physique d’un système qui a mis des années à se développer. AEON fonctionne sur des ordinateurs embarqués NVIDIA Jetson Orin et a été formé en grande partie par simulation à l’aide de la plate-forme Isaac de NVIDIA, une méthode qui a permis à Hexagon de développer ses capacités de locomotion de base en quelques semaines plutôt qu’en quelques mois.

Le projet implique également Microsoft Azure pour le développement de modèles évolutifs et les actionneurs Maxon pour la locomotion.

Pourquoi c’est important au-delà de Leipzig

Le signal plus large ici est celui que le monde de l’IA d’entreprise suit déjà de près. Le rapport State of AI in the Enterprise 2026 de Deloitte, interrogeant plus de 3 200 hauts dirigeants dans 24 pays, a révélé que 58 % des entreprises utilisent déjà l’IA physique dans une certaine mesure, et ce chiffre devrait atteindre 80 % d’ici deux ans, l’Asie-Pacifique étant en tête des premières mises en œuvre.

Le projet pilote de BMW à Leipzig est une preuve de cette trajectoire : les robots humanoïdes dans le secteur manufacturier ont dépassé le stade du laboratoire et des communiqués de presse, et sont soumis à des tests de résistance par rapport aux normes impitoyables de la production industrielle réelle. Comme le dit Milan Nedeljković, membre du conseil d’administration de BMW pour la production : « La symbiose de l’expertise en ingénierie et de l’intelligence artificielle ouvre des possibilités complètement nouvelles en matière de production. »

La question n’est plus de savoir si les robots humanoïdes ont leur place dans les usines. C’est à quelle vitesse le reste de l’industrie européenne suit.

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Solène Vernet
Solène Vernet
Journaliste française passionnée par la science et les politiques d’innovation, j’écris pour rendre accessibles des sujets complexes. Mon parcours mêle recherche universitaire, communication scientifique et journalisme. J’aime explorer les liens entre technologie, société et transformation du monde.