De l’expérimentation à la réalité de l’entreprise

L’adoption de l’IA dans les services financiers est effectivement devenue universelle – et les institutions qui la traitent encore comme une expérience sont désormais les exceptions. Selon le rapport Financial Services State of the Nation 2026 de Finastra, qui a interrogé 1 509 cadres supérieurs sur 11 marchés, seules 2 % des institutions financières dans le monde déclarent n’avoir aucune utilisation de l’IA.

Le débat est terminé. La question est maintenant de savoir ce qui va suivre. Pour les DSI et les leaders technologiques, les résultats dressent un tableau à parts égales d’opportunités et de pression. Six établissements sur dix ont amélioré leurs capacités en IA au cours de l’année écoulée, 43 % d’entre eux citant l’IA comme leur principal levier d’innovation.

De la détection des fraudes et de l’intelligence documentaire à l’automatisation de la conformité et à l’engagement client, l’IA s’est discrètement intégrée dans l’ensemble de la chaîne de valeur financière. Mais l’adoption quasi universelle signifie également que le déploiement à lui seul ne constitue plus un différenciateur.

Des pilotes à la pression

Le rapport identifie un changement évident dans la manière dont les institutions envisagent l’IA. La première discussion – s’il faut adopter, quels cas d’utilisation essayer, combien investir – a cédé la place à quelque chose de plus complexe sur le plan opérationnel. Les institutions s’efforcent désormais de faire évoluer l’IA de manière responsable, de la gouverner efficacement et de la faire fonctionner de manière fiable dans l’ensemble des fonctions de l’entreprise plutôt que dans des poches isolées.

Les quatre principaux cas d’utilisation dans lesquels les institutions exécutent des programmes ou pilotent l’IA reflètent cette maturité : gestion des risques et détection des fraudes (71 %), analyse et reporting des données (71 %), assistants de service client et d’assistance (69 %) et gestion de l’intelligence documentaire (69 %).

Ce ne sont pas des fonctions périphériques. Ils sont au cœur du fonctionnement et de la concurrence des institutions financières. Pour l’avenir, les trois priorités qui domineront la prochaine phase sont : la personnalisation basée sur l’IA, l’IA agentique pour l’automatisation des flux de travail, ainsi que la gouvernance et l’explicabilité des modèles d’IA.

Ce dernier mérite qu’on s’y attarde. À mesure que les décisions en matière d’IA deviennent plus conséquentes – et plus minutieuses – la capacité d’expliquer, de vérifier et de soutenir ces décisions devient rapidement un impératif de réglementation et de réputation, et non seulement une subtilité technique.

Le problème des infrastructures

Des taux d’adoption élevés peuvent masquer une vérité qui dérange : l’IA n’est aussi performante que les systèmes qui la sous-tendent. Les données de Finastra rendent ce lien explicite. Près de neuf établissements sur dix (87 %) prévoient d’investir dans la modernisation au cours des 12 prochains mois, motivés précisément par la nécessité de faire évoluer efficacement l’IA. L’adoption du cloud, la modernisation des plateformes de données et les mises à niveau des services bancaires de base s’accélèrent, non pas en tant qu’initiatives autonomes, mais en tant que couche fondamentale qui détermine jusqu’où et à quelle vitesse l’IA peut réellement aller.

Les barrières restent cependant obstinément humaines. La pénurie de talents est citée par 43 % des établissements comme le principal obstacle au progrès, le défi étant particulièrement aigu à Singapour (54 %), aux Émirats arabes unis (51 %), ainsi qu’au Japon et aux États-Unis (tous deux à 50 %).

Les contraintes budgétaires suivent de près. Les institutions qui progressent se tournent de plus en plus vers les partenariats fintech – désormais la stratégie de modernisation par défaut pour 54 % des personnes interrogées – pour combler ces écarts sans supporter le coût total de la construction en interne.

Le portrait régional

Dans toute la région Asie-Pacifique, les données reflètent des priorités distinctes. Le Vietnam est en tête du déploiement actif de l’IA avec 74 %, motivé par l’urgence de l’inclusion financière et la nécessité d’un traitement plus rapide des paiements et des prêts. Singapour augmente de manière agressive ses investissements dans le cloud et la personnalisation, avec des dépenses prévues augmentant de plus de 50 % d’une année sur l’autre.

Le Japon, quant à lui, reste le marché le plus prudent étudié, avec seulement 39 % signalant un déploiement actif de l’IA – un reflet des contraintes héritées du passé et d’une préférence culturelle pour un changement progressif plutôt que rapide.

La gouvernance est la prochaine frontière

Avec 63 % des établissements qui exécutent ou pilotent déjà des programmes d’IA agentique, la trajectoire de la technologie est claire. Mais le défi que cela représente l’est tout autant. L’IA agentique – des systèmes capables de prendre des décisions autonomes et d’exécuter des tâches en plusieurs étapes – augmente considérablement les enjeux sur les questions de responsabilité, de transparence et de contrôle.

Pour les dirigeants d’entreprise, l’année à venir consiste moins à savoir s’il convient d’investir dans l’IA qu’à savoir comment le faire de manière à ce que les régulateurs, les clients et les conseils d’administration puissent avoir confiance. Comme l’explique Chris Walters, PDG de Finastra : les institutions doivent agir rapidement, mais aussi de manière responsable, à mesure que la surveillance réglementaire s’intensifie et que les clients exigent des services financiers qui fonctionnent de manière fiable, sécurisée et personnelle à chaque fois.

Le point de bascule a été franchi. Ce que feront les institutions avec cet élan – et avec quelle prudence elles le gouverneront – définira le paysage concurrentiel pour le reste de la décennie.

Le rapport Financial Services State of the Nation 2026 de Finastra a interrogé 1 509 dirigeants et dirigeants de banques et d’institutions financières en France, en Allemagne, à Hong Kong, au Japon, au Mexique, en Arabie Saoudite, à Singapour, aux Émirats arabes unis, au Royaume-Uni, aux États-Unis et au Vietnam. La recherche a été menée par Savanta en novembre 2025.

(Photo par PR Newswire)

Solène Vernet
Solène Vernet
Journaliste française passionnée par la science et les politiques d’innovation, j’écris pour rendre accessibles des sujets complexes. Mon parcours mêle recherche universitaire, communication scientifique et journalisme. J’aime explorer les liens entre technologie, société et transformation du monde.